Herman Krikhaar

Herman Krikhaar : peintre avant tout

Né à Almelo, Pays Bas, le 18 avril 1930

La vie de Herman Krikhaar est un enchaînement d'événements, de rencontres et de hasards remarquables.
C'est d'abord le gamin récalcitrant qui grandit dans l'est des Pays-Bas pendant les années de crise et de guerre. Dès qu'il le peut, Herman quitte Twente, devient plongeur à Paris et fait pendant huit ans le tour du monde à titre de chef de cabine à la KLM.
Poussé depuis sa plus tendre enfance par une passion irrépressible pour l'art, il gère pendant vingt-cinq ans la galerie la plus fameuse des Pays-Bas et décide ensuite - à l'âge de cinquante-huit ans - de se consacrer entièrement à ce qui était depuis ses onze ans la source d'inspiration et le contrepoids de son existence, la peinture.
Bien que chaque incident de sa vie soit pour lui l'occasion de raconter une magnifique histoire pleine d'humour et d'autodérision, il est très réservé dès qu'il s'agit de son travail : « Que quelqu'un d'autre en parle. » Conformément à son caractère, il travaille d'instinct avec une puissance et une vitalité énormes, tout en laissant une grande place au hasard. L'homme et le peintre Krikhaar se confondent dans la mise à profit du hasard.

Almelo
« Je n'aurais pu souhaiter un meilleur endroit pour grandir, trouve Herman. Mes parents avaient une boulangerie à Almelo, dans la Hantermansstraat, à la limite entre le quartier commerçant et le quartier pauvre. Nous étions entourés des personnages les plus bizarres et les plus tragiques, auxquels nous, les enfants, nous donnions des surnoms, comme les « picoleurs ». La famille Krikhaar en revanche constitue la base la plus stable que puisse souhaiter un enfant : un harmonieux mariage catholique entre un père grand travailleur et une mère affectueuse et pondérée. Celle-ci est le pivot de la famille et gère à la fois le ménage et la boulangerie-épicerie avec autorité et humour. A côté de la famille de huit enfants, des commis et des femmes de service, le repas de midi réunit aussi régulièrement autour de la table des parents et des amis. Madame Krikhaar va ensuite distribuer des gamelles de nourriture aux pauvres du quartier pour lesquels les années 30 sont de vraies années de crise. C'est son second fils qui donne surtout du fil à retordre à madame Krikhaar, car, avec la meilleure volonté du monde, il est incapable de rester tranquille et de faire attention en classe. « Un beau jour, j'avais tellement exagéré que les instituteurs vinrent se plaindre à ma mère. J'avais fait l'école buissonnière toute la journée et je n'étais pas allé non plus à ma leçon de piano. Mais j'étais sagement rentré à la maison pour le repas de midi. Quand je rentrai en début de soirée, ma mère m'attendait :
« Comment ça s'est passé à l'école ? », me demanda-t-elle.
« Bien. »
« Et ta leçon de piano ? »
« C'était très bien. »
« Suis-moi ! » me dit-elle, et elle me précéda dans la belle pièce où m'attendaient trois instituteurs. Je ne voulais sûrement pas blesser mes parents, mais ça m'arrivait tout simplement. Le système éducatif était rigide et archaïque. Même s'ils étaient officiellement abolis, les châtiments corporels étaient encore monnaie courante. Un jour, je pris un coup magistral sur la main avec le gros bout de la queue de billard pour avoir lancé un sabot à la tête de l'instituteur.

Les premières peintures
Faire la fête avec les copains, jouer des tours et courir après les filles, ce genre de défi est beaucoup plus dans la nature de Herman. Par ailleurs, il aime se retirer de longues heures au grenier pour peindre. « Quand je livrais le pain à domicile, je m'attardais souvent dans l'atelier d'Anton Scheerder. Il copiait en grand format des chefs-d'oeuvre comme La Ronde de nuit, et il faisait cela merveilleusement bien. » C'est ainsi que Herman apprend les rudiments de la peinture. Et il s'en tire bien, comme en témoigne notamment le magnifique portrait de Diderot d'après Fragonard. Sa première commande lui vient de sa mère qui l'invite à peindre les maisons de ses aïeux : « Maman avait loué un taxi et nous allâmes à Ootmarsum, là où avait grandi ma grand-mère paternelle. Sa maison natale avec le puits devant existe toujours. Nous allâmes ensuite à Vriezenveen à la recherche de la maison de son père, laquelle s'avéra démolie. Mais je pus tout de même faire une peinture de la maison de mon grand-père à Geesteren. »  

La guerre
Un triste événement place cet amour de la peinture dans une autre perspective. « Un de nos commis m'avait donné un couple de pigeons voyageurs et au bout de deux ans, j'en avais quarante. Peu après la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs membres du mouvement national-socialiste hollandais (NSB) vinrent poser à mon père un ultimatum : ou il adhérait au NSB, ou ses pigeons y passaient. La première option n'en étant pas une, ils revinrent le lendemain matin tordre le cou de tous les pigeons, et cela sous mes yeux. Ce fut traumatisant. Pour me consoler, ma mère m'offrit une belle boîte de couleurs. »
Pendant la guerre, il est de plus en plus difficile de se procurer du matériel de peinture.
« Avant, il suffisait de se baisser pour ramasser des sacs à farine, mais c'était devenu difficile à cause du système des tickets. Les tubes de peinture étant rares eux aussi, je découpais dans le toit des bouts de plomb que j'échangeais contre des tubes pleins. A la fin de la guerre, on constata certes des fuites à des endroits bizarres. Après 1945, l'aide Marshall nous fournit des sacs à farine sur lesquels je pus peindre. Tout comme les vieilles marquises de mon grand-père, je les préparais avec de la colle d'os. Je rêvais d'aller aux Beaux-Arts, mais je savais que mes parents n'y voyaient guère l'intérêt. »

Arnhem
C'est grâce à la confiance de sa mère qu'il entre à l'école des Beaux-Arts d'Arnhem : « Un soir, j'entendis mes parents, en bas au salon, parler de mon avenir. L'oreille collée au plancher de notre chambre, je suivis leur conversation. Maman parvint finalement à convaincre papa qui n'était pas très chaud pour ce projet. Notre curé trouva une pension chez une veuve catholique convenable et ses trois filles célibataires, chez qui mon père me conduisit. » Pour la première fois de sa vie, Herman fait de son mieux à l'école. A l'époque, il s'agit encore d'une formation classique traditionnelle composée surtout de leçons d'anatomie et de dessin de pots et de plâtres. Sous l'influence notamment du rebelle Theo Wolvecamp qui est dans la même classe que lui - bien que plus âgé de quelques années -, Herman perd rapidement son enthousiasme. Wolvecamp quitte l'école au milieu de la première année, ennuyé qu'il est par l'enseignement trop peu inspirant. Herman rend visite peu après à Wolvecamp à Amsterdam où il rencontre pour la première fois Karel Appel qui partage l'appartement de Theo.
Herman lui non plus ne termine pas l'année. Le 18 avril 1948, Herman est appelé sous les drapeaux, une nouvelle aventure au-devant de laquelle il va avec la bravoure qui le caractérise. Au cours de son service, il fait de nombreux séjours en prison parce qu'il rallonge sans autorisation tous ses week-ends. Un petit séjour à Curaçao lui passe ainsi sous le nez, mais les gars de son régiment emportent avec eux une pin-up géante qu'il leur a dessinée.

Paris
Après les dix-huit mois obligatoires, Herman veut aller à Paris. Il part avec une valise qu'il a échangée contre une peinture, et un peu d'argent de poche qui lui permettra de vivre pendant les premières semaines. Ensuite, il travaille comme plongeur et barman, tout en apprenant le français et en chinant sur les marchés d'antiquités où il fait plusieurs trouvailles sensationnelles, comme de beaux dessins d'Auguste Rodin et de Paul Signac, et une peinture d'Adriaan van der Werff. Outre la négociation qui est pour lui un sport depuis sa tendre enfance, il se découvre un 'il perspicace pour l'art. Mais comprenant qu'il ne peut guère aller plus loin dans son état de barman, il retourne un an plus tard à Almelo. Il trouve immédiatement du travail à la boulangerie comme vendeur à domicile et c'est ainsi qu'il rencontre dans la rue un autre fils de boulanger qui travaille comme steward à la KLM. « Le souffle coupé, j'écoutais ses histoires et je regardais ses diapositives sur ses voyages au loin. Je sus tout de suite que je voulais faire ça. Le lendemain, je demandai à mon père un jour de libre pour aller à l'aéroport de Schiphol. Sa réaction fut la même que celle du steward d'Almelo : ce n'était pas la peine de me fatiguer, car je n'avais pas terminé mes études secondaires. Mais je pris tout de même le train et une fois arrivé à l'ancien Schiphol, je demandais le chemin du bureau du personnel. Par erreur, je me retrouvai dans le bureau du sous-directeur, monsieur Douzy. Juste à l'instant où sa secrétaire m'expliquait que je devais me rendre dans un autre bâtiment, Douzy en personne entra : « Que fait ce jeune homme ici ? »
« Il veut être steward et il doit se rendre au bâtiment 401. »
« Oui, voir monsieur Krayenbos, le chef des affaires du personnel. » confirma Douzy. Arrivé auprès de monsieur Krayenbos, je lui dis sans me démonter que c'était monsieur Douzy qui m'envoyait. Il me traita alors avec tous les égards et m'engagea sans me faire passer ni tests, ni examens compliqués. » Dans l'intervalle, Herman parlait plusieurs langues. Outre le français et l'anglais qu'il avait appris au contact des libérateurs canadiens, il connaissait l'allemand grâce à l'occupant qui avait cantonné pendant cinq ans à côté de la boulangerie. Trois mois plus tard, il fait son premier vol.

KLM
Suivent alors huit années formidables (1953-1961) au cours desquelles Herman explore le monde à une époque où voyager en avion est encore une vraie aventure et où un vol pour l'Australie (bon nombre d'émigrants s'y rendent dans les années 50) dure toute une semaine en raison des nombreux arrêts. Ses visites de villes comme Beyrouth, Le Caire, Bangkok développent son intérêt pour les cultures anciennes. Il commence à collectionner du verre antique, des tissus coptes (Egypte), des bouddhas et des netsukes japonais. Il rentre chaque fois chez lui avec des valises pleines de « souvenirs », dont il vend immédiatement les pièces les moins intéressantes à Kouw, un marchand d'objets d'art. Herman stocke ses plus beaux objets dans un entrepôt et, les valises vides, il repart entre ses services - dans la limite des places disponibles - pour le Proche et le Moyen-Orient. Aux Pays-Bas, il achète de l'art contemporain, notamment à Haarlem dans la galerie d'Eva Bendien et Polly Chapon qui promeuvent les oeuvres de la première période de CoBrA.
Sans pour autant négliger sa vie sociale (café Eijlders, café Hoppe), Herman trouve encore le temps de continuer à peindre dans sa petite mansarde du 112, Gerrit van de Veenstraat, chez madame Kleinman. Ses voyages influencent son oeuvre (la skyline de New York, les bouddhas), dans laquelle les rêves et l'inconscient jouent déjà un grand rôle. C'est après avoir subi une grave fracture du crâne qu'il réalise l'impressionnant autoportrait surréaliste aux yeux bleu acier. Herman avait provoqué un accident de voiture car il s'était endormi au volant après avoir reçu à Schiphol une injection de CTAB. Lorsqu'il s'avéra que d'autres membres du personnel volant s'en étaient également trouvés incommodés, ils modifièrent immédiatement la composition de l'injection. Herman est mis en non-activité pendant presque un an, période qu'il met à profit en allant à Wiesbaden améliorer ses connaissances de la langue allemande. « Un jour, pendant un vol pour l'Australie, j'eus une conversation avec une femme sympathique qui lisait « Le Docteur Jivago ». Nous ne tardâmes pas à parler d'art et elle me dit qu'elle habitait à Wiesbaden dans la maison du peintre Alexei Jawlenski. J'admire énormément ce membre du groupe expressionniste « Die Blauwe Reiter » et quand j'allai en Allemagne, je rendis visite à cette femme. Les murs de sa maison étaient couverts de peintures de Jawlenski. Trente ans plus tard, je découvris une petite toile du peintre dans une vente publique chez Sotheby's. Cataloguée d'auteur inconnu, elle était taxée avec une peinture de Mensje van Keulen à 100-150 florins. Aux Pays-Bas, presque personne ne connaissait ce peintre et j'emportai le lot pour quelque 12 000 florins. Je la revendis peu après à un collectionneur allemand à sa valeur réelle de 100 000 florins. »

Ibiza
En 1959, Herman rencontre à la KLM sa future épouse Jetty Andreoli. Lorsqu'ils se marient deux ans plus tard, Herman, qui a monté entre-temps une vaste collection d'antiquités et d'objets d'art contemporain, met le point final à son existence volante. Ils partent pour Ibiza, qui deviendra populaire par la suite, où ils louent une maison près de la plage. La sobre île espagnole exerce un grand attrait sur les jeunes intellectuels et artistes (parmi lesquels les Néerlandais Bert Schierbeek et Simon Vinkenoog). Elle est aussi un refuge pour les objecteurs de conscience américains et les Espagnols qui peuvent ici encore échapper à Franco.
Pour la première fois de sa vie, Herman a tout le temps de peindre et se met à développer son propre style. Il s'inspire du style sobre de l'architecture mauresque composée de maisons blanches de forme cubique, dont il abstrait les formes en harmonieuses surfaces colorées.
Le premier spoutnik qui se meut clairement dans l'espace aérien nocturne fait une grande impression sur tous et pousse Herman à avancer dans son travail.
« Les peintures naissaient les unes après les autres ; j'en faisais parfois deux ou trois par jour. »

Le galeriste Krikhaar
Alors que Jetty attend un enfant, le couple retourne aux Pays-Bas, car Herman veut s'occuper convenablement de sa famille. Ils trouvent un logement temporaire dans une aile du château Groeneveld à Baarn, chez le dernier bohème d'Amsterdam, le photographe Joop Colson, qui loue tout le château à l'Etat néerlandais pour un florin par an. Le bâtiment abrite également l'institut de formation pour les caméramans de la chaîne de télévision NOS et dans le jardin plein de chevalets, de paons, de poules, etc. se dresse la roulotte de Pipo le Clown et Mamalou. C'est ici aussi que Jan Vrijman réalise alors le célèbre film de Karel Appel avec sa fameuse répartie : « Je bricole. C'est tout. »
Entre-temps, Herman cherche à Amsterdam un espace pour ouvrir une galerie et trouve un immeuble adéquat sur le Weteringschans, près du Rijksmuseum. Ils ont la chance aussi de pouvoir louer un bel appartement à deux pas de là, sur le Weteringplantsoen, dans un immeuble où vivent de nombreux artistes, notamment Teddy Schaank et Ko van Dijk, et Ellen Vogel et Fons Rademaker.
La galerie Krikhaar ouvre ses portes le 17 mai 1963 avec une exposition de gravures de Chagall ; six jours plus tard naît leur fille Caroline. La galerie s'avère dès le début être un grand succès et, comme le stock d'art ancien n'est plus alimenté et diminue rapidement, Herman s'oriente vers l'art contemporain. Il y expose dès le début des oeuvres d'artistes de CoBrA. « En 1964, un homme entra qui me demanda tout de suite s'il pouvait exposer chez moi : « C'est une belle boutique que tu as là » me dit-il avec cet accent typiquement amstellodamois. A cause d'une grosse moustache et d'un épais manteau de fourrure, je ne reconnus pas tout de suite Appel, bien que je l'eusse déjà rencontré plusieurs fois auparavant chez Wolvecamp à Amsterdam et chez Ed van der Elsken à New York. » C'est le come-back aux Pays-Bas du peintre qui est déjà célèbre à Paris et à New York.
Herman va régulièrement à Paris à la recherche de nouveaux artistes, car il se passe beaucoup de choses là-bas à l'époque. C'est là aussi qu'il se trouve fin novembre 1965 lorsque naît son fils Alexander. Il consacre tout son temps à la galerie. Il ne trouve plus un moment pour peindre. Cela ne reviendra que pendant l'année de réflexion qu'il prendra après son divorce d'avec Jetty en 1971.

Salernes
« J'étais en vacances à Rivello, dans le Sud de l'Italie, avec Anton Rooskens, quand le besoin de peindre me reprit d'une manière si violente que je décidai de me trouver un atelier. Je me suis retrouvé à Salernes, un village du Sud de la France où Jan Montijn m'avait trouvé un appartement. » A partir de 1974, il y passe trois mois chaque été, ce qui lui permet de maintenir l'équilibre nécessaire entre le galeriste et le peintre. Il achète en dehors du village une vieille bastide où ses enfants, sa famille et ses amis peuvent venir passer leurs vacances autour de la délicieuse piscine, pendant que lui se retire dans son atelier. Il tire beaucoup de plaisir du grand jardin plein d'arbres fruitiers et d'oliviers, où se révèle son amour de la nature. Lorsqu'il fonce sur le terrain sur sa tondeuse à gazon, il épargne toujours un grand espace pour laisser y fleurir les fleurs sauvages. Ce magnifique jardin constitue le thème d'une série d'oeuvres puissantes et hautes en couleur, inspirées du pinceau de Van Gogh. Dans une série de peintures que Herman réalise ensuite, les paysages disparaissent au profit des danseurs et du mouvement. C'est ainsi que des séries à première vue très différentes les unes des autres se succèdent au rythme de l'évolution de Herman. Les constantes restent la couleur et la forme, la puissance et le mouvement.

Le peintre Krikhaar
Avant de commencer en 1963, Herman savait déjà que la balance instable entre le galeriste et le peintre pencherait un jour de l'autre côté : « En fait, j'avais l'intention d'arrêter la galerie après vingt ans, mais je changeai d'idée en 1978 quand je fis la connaissance d'un neveu de Picasso qui avait hérité d'une collection de toiles de son oncle. » La chance de pouvoir travailler avec de tels chefs-d'oeuvre le maintient encore cinq ans dans le monde de l'art. Ayant alors atteint tout ce qui était en son pouvoir, il est assez serein pour clore cette période. Le 17 mai 1988 à 17 heures, après vingt-cinq ans exactement, la porte se referme définitivement.
Herman veut faire construire une maison et un atelier en France, sur l'immense terrain qui va avec la bastide. Une partie de ce terrain a une vue si magnifique qu'elle semble y être prédestinée : « Mon fils Alexander, qui a presque terminé aujourd'hui ses études d'architecture à Chicago, en avait déjà fait des plans détaillés. Mais les fonctionnaires aux tendances particulièrement traditionnelles dans la région n'acceptèrent pas qu'on y construise une maison moderne et je dus me bagarrer pendant quatre ans avant que les autorités françaises ne m'accordent finalement l'autorisation. »
Dans l'intervalle, il travaille à « Danseurs », une série de toiles de deux mètres sur trois pour lesquelles l'ancien atelier est beaucoup trop exigu. A côté de cela, une série unique de statues en bronze voit le jour à Amsterdam.

Le nouvel atelier
Finalement, au cours de l'été 1994, il s'installe spacieusement dans son nouvel atelier : « J'avais décidé de commencer ici par une grande série de crucifixions. » Le résultat est des triptyques intenses et violents sur la souffrance humaine, suivis d'une série sur le cirque où le tragique joue également un grand rôle. Pour la première fois depuis Ibiza, Herman peut se consacrer entièrement à son oeuvre. Avec toute son énergie, il se lance dans la peinture : « Je veux utiliser le temps qu'il me reste à travailler le plus possible. » Par ailleurs, il expérimente toutes sortes de matériaux. Des livres d'échantillons de papier peint, du papier grossièrement fait main ou des cartons d'emballage imprimés forment un fond inspirant sur lequel il dessine, colle et peint à la bombe ou au pinceau. Il se sert du hasard pour faire naître de nouvelles idées. En outre, son imagination effrénée se laisse ébranler par des photos, des illustrations de journaux et de magazines ou même des bouts de papier froissés qu'il trouve dans la rue.
Il s'inspire aussi du monde qui l'entoure, des événements qui le touchent de près ou de loin. De plus, ses deux animaux préférés apparaissent régulièrement dans son oeuvre : Blauw, le magnifique pigeon blanc apprivoisé qui aime se poser sur son épaule et partager son whisky, et Bonnie, le drôle de teckel nain toujours dans son coeur et son champ visuel.
De temps à autre, il fait une incursion dans le travail tridimensionnel, découpe un insecte dans une bouteille à lait en plastique cannelé. Mais ces dernières années, il préfère rester des jours entiers devant sa table à dessiner sur de petites feuilles de papier. Il manque rarement d'idées, d'imagination et de goût au travail. Des piles de dessins qui ne cessent de croître, il tire de temps à autre un dessin qu'il utilisera comme ébauche pour une grande toile de deux mètres sur trois.
L'artiste chez Herman est peintre des couleurs et des formes. Alors que ses peintures réalisées à Ibiza étaient prudemment feutrées et poétiques, celles des années 70 ont davantage de puissance, les couleurs sont plus vives, les lignes fortes accentuent les formes puissantes et l'érotisme y joue un rôle notoire. Il continue à construire là-dessus, cherche et trouve un équilibre, mais n'en reste pas là ; il cherche de nouvelles limites, découvre d'autres possibilités et continue à évoluer.
Tout comme dans sa vie, il cherche sans cesse de nouveaux défis pour tirer le maximum de ses possibilités. Dans sa vie comme dans son oeuvre, il s'agit moins de l'« histoire » que de la manière dont l'histoire éveille l'esprit.

Helena Krikhhar Stork, Guy et Michèle Beddington ont la tristesse de faire part du décès de Herman Krikhaar à l'hôpital de Draguignan le 19 janvier 2010.


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